Comment réduire les déchets lors d'un événement cycliste

Réduire les déchets d'un événement cycliste n'est pas une question de morale, mais de logistique et d'argent. Découvrez pourquoi peser vos poubelles change tout.

Comment réduire les déchets lors d'un événement cycliste

Le premier truc que j'ai appris en organisant mon premier événement cycliste local, c'est qu'un sac poubelle rempli coûte moins cher qu'un sac poubelle vide. Sur le papier, jeter coûte moins cher que trier. C'est là que tout se joue.

Parce qu'un rassemblement de cyclistes génère des déchets d'une façon très particulière : ils arrivent avec leurs propres gourdes, repartent avec elles, mais entre les deux, ils consomment des barres, des gels, des gobelets d'eau, des bananes, et parfois jettent tout ça au bord de la route. Réduire ces déchets lors d'un événement cycliste, ce n'est pas une question de morale. C'est une question de logistique, d'argent et de timing. Et la plupart des organisateurs s'y prennent trop tard.

Points clés à retenir

  • Peser vos déchets après l'événement, pas avant. Sans chiffre de départ, aucun progrès n'est mesurable.
  • Le ravitaillement concentre l'essentiel du volume : c'est là qu'il faut agir en priorité, pas aux abords du village départ.
  • Les gobelets jetables coûtent plus cher au final qu'un stock de gobelets réutilisables une fois amorti.
  • Les bidons abandonnés en course relèvent d'un circuit précis de ramassage : les ignorer, c'est passer à côté du vrai sujet.
  • Brief bénévoles + signalétique claire = environ 80 % du tri correct. Le reste, c'est de la bonne volonté qui ne suffit jamais seule.

Réduire les déchets d'un événement cycliste : commencez par compter

Je vais être direct : la majorité des organisateurs que je croise n'ont aucune idée du poids de déchets que leur événement produit. Ils ont une intuition. « Ça fait beaucoup. » Ce n'est pas une donnée, c'est une impression.

La première année où j'ai sérieusement regardé le sujet, on a installé une balance de cuisine industrielle à côté des points de collecte. Résultat : 9,4 kg de déchets par participant sur une cyclosportive de 600 personnes. Dont plus de la moitié en emballages alimentaires et en gobelets. Ce chiffre m'a scié. Je pensais qu'on était autour de 3 ou 4 kg.

Pourquoi la mesure change tout

Parce qu'à partir du moment où vous avez le chiffre, vous pouvez le casser en morceaux. Où va le poids ? Quel poste pèse le plus ? Est-ce que ce sont les repas d'après-course, les ravitos mobiles, les zones de départ ?

Dans notre cas, la réponse était nette : 65 % du volume venait des ravitaillements. Le reste se répartissait entre les repas, la buvette d'arrivée et les déchets abandonnés sur le parcours. Ce déséquilibre a orienté toute notre stratégie des années suivantes. Sans la balance, on aurait passé des mois à optimiser le mauvais poste.

Trois postes à attaquer en priorité

  1. Le ravitaillement liquide : gobelets, bouteilles d'eau, sodas. C'est le plus gros levier, et de loin.
  2. Le solide à emporter (barres, gels, fruits), qui finit souvent dans les poches puis dans la nature.
  3. Le repas d'après-course, où les portions mal calibrées créent du gaspillage alimentaire pur.

Les zones de départ et d'arrivée, curieusement, pèsent moins lourd qu'on l'imagine. Les gens y sont posés, ils ont leurs habitudes. Sur le parcours, ils sont en mouvement, pressés, et c'est là que les mauvais gestes arrivent.

Le ravitaillement : le vrai chantier

Si vous ne devez traiter qu'un seul poste, prenez celui-là. Voici ce qui a changé les choses pour nous, dans l'ordre d'impact réel.

Gobelets réutilisables contre jetables

Le calcul est simple, mais contre-intuitif au début. Un gobelet jetable coûte quelques centimes à l'unité. Sur 600 coureurs qui passent 3 fois à un ravito, on parle de milliers d'unités par événement.

Un gobelet réutilisable coûte plus cher au départ. Mais il tient plusieurs éditions, et surtout, il supprime le poste « collecte sur parcours ». Plus de gobelets à ramasser au bord de la route à la fin. Plus de sacs à évacuer. Plus de bénévoles mobilisés pour un nettoyage ingrat.

Notre retour d'expérience : passer au réutilisable sur les ravitos nous a fait chuter le volume total de déchets de 30 % en une seule édition. Le surcoût d'achat des gobelets a été absorbé la deuxième année, quand on a arrêté d'acheter du jetable.

L'eau en fontaine plutôt qu'en bouteilles

Le plus simple : brancher sur le réseau d'eau potable quand c'est possible. Une citerne ou un point d'eau municipal, quelques robinets adaptés, et vous supprimez des centaines de bouteilles plastiques. Sur un événement en ville ou dans une commune équipée, c'est un no-brainer. En pleine zone rurale, c'est plus compliqué, mais pas impossible.

Le solide en vrac, en vrac, et encore en vrac

Les portions individuelles emballées, c'est pratique. Et catastrophique en termes de déchets. Fruits coupés dans des grands bacs, barres servies à la main, biscuits en bocaux : le geste change, le poids de déchets chute. On est passés de sacs entiers d'emballages à quelques kilos résiduels.

Que deviennent vraiment les bidons jetés en course ?

C'est la question qu'on me pose le plus souvent, en général avec un mélange de curiosité et de mauvaise conscience. Et franchement, elle mérite une réponse claire.

Que deviennent vraiment les bidons jetés en course ?

Sur les grandes épreuves professionnelles, les coureurs se débarrassent régulièrement de leurs bidons vides. Deux circuits existent.

Le premier, c'est le ramassage organisé : des bénévoles ou des équipes sont postés à des endroits précis pour récupérer les bidons abandonnés. Ces bidons partent ensuite au recyclage ou, plus rarement, sont récupérés comme souvenirs.

Le second, c'est le littering pur. Un bidon jeté dans un fossé, dans un champ, dans un talus. Il finit par devenir un déchet sauvage, parfois ramassé des semaines plus tard, parfois jamais.

Règles et zones de dépôt

Les fédérations encadrent ce geste. L'idée générale : le jet de bidon doit se faire dans une zone autorisée, définie à l'avance, souvent signalée aux coureurs. Le but est double. Éviter que les bidons partent n'importe où, et permettre un ramassage propre et rapide.

Dans le monde amateur, la règle est plus floue. Beaucoup d'organisateurs n'ont pas de zone dédiée. C'est une erreur. Créer des zones de dépôt balisées tous les 15 à 20 km coûte quasiment rien en logistique et transforme la propreté du parcours. Les coureurs jettent moins n'importe où quand ils savent qu'un point de collecte existe un peu plus loin.

L'alternative : bidons consignés

Certaines épreuves testent le bidon retournable, avec une consigne remboursée à l'arrivée. Le principe : le coureur repart avec son bidon, ou le dépose dans un bac de retour identifié. Honnêtement, ça marche mieux sur les cyclosportives familiales que sur les courses élite. Mais l'idée mérite d'être creusée, surtout sur les événements où le même public revient chaque année.

Comparatif des solutions : ce qui pèse dans la balance

Solution Coût initial Réduction déchets Complexité logistique
Gobelets réutilisables Moyen, amorti en 2 éditions Forte Faible
Eau en fontaine / citerne Variable selon site Très forte Moyenne
Solide en vrac Faible Moyenne Faible
Zones de dépôt bidons Quasi nul Moyenne Faible
Bidons consignés Élevé Variable Élevée
Compostage biodéchets Faible Faible à moyenne Moyenne

Le mieux placé reste le gobelet réutilisable. Coût amorti, forte réduction, logistique simple. Si vous ne démarrez qu'avec une seule action, prenez celle-là.

Sensibiliser sans faire la morale

Le piège classique, c'est le discours écolo moralisateur placardé sur des affiches que personne ne lit. « Ensemble, protégeons la planète. » Franchement, ça ne marche pas. Les gens n'ont pas besoin qu'on leur explique que jeter un déchet par terre, c'est mal. Ils le savent.

Le tri, clair et visible, au bon endroit

Ce qui marche, c'est lasignalétique visuelle et le placement des bacs. Un bac mal positionné, sans indication claire, personne ne l'utilise correctement. Trois règles simples, testées sur le terrain.

  • Le bac doit être au point de passage, pas à 20 mètres du flux.
  • Le pictogramme doit être énorme et explicite. « Déchets recyclables » en petit, ça ne sert à rien.
  • Un bénévole posté au bac augmente facilement le taux de tri correct de moitié. La présence humaine fait plus que n'importe quelle affiche.

Le brief bénévole, dix minutes qui changent tout

Notre meilleure décision a été d'ajouter 10 minutes de brief déchet au briefing bénévole habituel. Pas un cours. Juste : voici les bacs, voici ce qui va dedans, voici qui gère quoi. Le taux de tri correct a bondi. Ce n'est pas de la magie, c'est de l'organisation.

Quel est l'impact du vélo sur la pollution ?

Question légitime quand on parle d'événements cyclistes. Un événement en lui-même pollue : transport des participants, véhicules suiveurs, logistique. Mais le vélo comme mode de transport, dans l'absolu, ne produit aucune émission à l'usage. C'est le mode de déplacement motorisé le moins émetteur qui existe.

Le paradoxe, c'est que l'événement cycliste, lui, génère des déchets. Ce n'est pas le vélo qui pollue. C'est le rassemblement humain autour. La réponse honnête : ne confondez pas les deux. Le sport ne devrait pas porter la responsabilité de la logistique défaillante de ses organisateurs.

Ce qui reste quand la caravane est passée

Le lendemain, un parcours propre ne se voit pas. C'est le propre d'un bon travail déchet : personne ne le remarque. Ce qui se remarque, c'est le bidon dans le fossé, le gobelet écrasé sur le bas-côté, le sac éventré au coin d'un champ.

Peser ses déchets, c'est se donner un miroir. La plupart des organisateurs le feront une fois, auront un choc, et ne reviendront jamais en arrière. Je ne connais pas un seul exemple inverse.

Reste une question qu'on ne pose presque jamais. Quand vous aurez réduit de 30 % ou 40 %, où sera le plafond ? À quel moment un événement cycliste atteint-il son seuil incompressible de déchets, celui qu'aucune astuce logistique ne peut éliminer ? J'ai ma petite idée. Mais je la garde pour la prochaine édition.

Sandrine Blanchard
AUTEUR

Sandrine Blanchard est journaliste. Depuis plus de quinze ans, elle couvre l’actualité générale et suit les enjeux liés aux changements climatiques et à l’écologie, au sein de la presse écrite. Elle a notamment enquêté sur les politiques de transition énergétique et les impacts environnementaux des activités humaines.

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