Comment rendre un tournoi de sport collectif plus écologique : le guide

Un tournoi de hand, c'est une machine à déchets : 600 gobelets par week-end, mais aussi des déplacements qui pèsent bien plus lourd. Voici comment organiser un éco-tournoi qui tient debout, sans se ruiner.

Comment rendre un tournoi de sport collectif plus écologique : le guide

La buvette d'un tournoi de hand de fin de saison, dans la banlieue de Nantes. Je regarde le type derrière le comptoir remplir des gobelets en plastique, en rater un, en reprendre un autre. Il y a 240 joueurs, leurs familles, les arbitres, les bénévoles. Sur 48 heures, j'ai compté quatre poubelles pleines rien qu'en gobelets. Et ça, c'est sans parler des maillots floqués à la va-vite, des feuilles de match imprimées en triple exemplaire, des sandwichs sous blister et des bouteilles d'eau par packs de 24.

Un tournoi de sport collectif, c'est une machine à déchets. Pas par malveillance : par logistique. On a 30 minutes entre deux matchs, trois vestiaires pour quatre équipes, et personne n'a le temps de trier quoi que ce soit. Mais il y a une bonne nouvelle : contrairement à un concert ou à un marathon, un tournoi collectif se passe presque toujours au même endroit pendant deux jours. Tout est concentré. C'est ce qui rend la marche arrière possible.

Points clés à retenir

  • Le gros du bilan carbone d'un tournoi, ce sont les déplacements des équipes et du public, pas les gobelets.
  • Un tournoi de 240 joueurs, c'est facilement 400 à 600 gobelets jetables sur un week-end.
  • Le tri ne marche que s'il est plus rapide que de tout jeter. Sinon, il ne marche pas.
  • La Charte des 15 engagements écoresponsables donne un cadre officiel aux organisateurs qui veulent se lancer.
  • Un éco-tournoi raté coûte plus cher qu'un tournoi normal. Le budget compte.

Par où commencer pour rendre un tournoi collectif plus écologique

La première fois que j'ai voulu verdir un tournoi, j'ai attaqué par les gobelets. Mauvaise pioche. J'ai acheté 300 gobelets réutilisables sérigraphiés, budget 640 euros, et j'ai découvert à la fin du week-end qu'on m'en avait rendu 190. Les 110 autres étaient dans les sacs des gamins, dans les voitures, dans la nature. J'avais créé un nouveau flux de déchets, en plastique dur cette fois.

Le vrai levier, c'est ailleurs. Mais il faut le voir pour le croire.

Le poste qui écrase tout : les déplacements

Sur un tournoi régional, si vous additionnez les trajets des équipes invitées, des familles qui suivent, des arbitres qui viennent de l'autre bout du département, vous obtenez la quasi-totalité de l'empreinte. Les déchets, la restauration, l'énergie du gymnase : tout ça pèse une fraction de ce que pèsent les voitures garées sur le parking. Chaque équipe qui vient en bus plutôt qu'en quatre voitures individuelles fait plus pour le bilan qu'un mois de tri sélectif.

Concrètement, ce que j'ai fini par faire : limiter les invitations aux clubs situés à moins de 90 km, et négocier un car commun avec trois clubs voisins. Résultat, sur l'édition suivante, on est passé de 140 véhicules à 96 sur le week-end. Je n'ai pas mesuré les tonnes de CO2, franchement je m'en fichais du chiffre exact. Ce que j'ai vu, c'est un parking à moitié vide et des gamins qui chantaient dans le car au retour.

La Charte des 15 engagements écoresponsables : un cadre qui économise du temps

Vous n'avez pas besoin d'inventer votre propre grille. La Charte des 15 engagements écoresponsables des organisateurs d'événements sportifs existe et sert exactement à ça : donner un référentiel commun aux clubs et aux fédérations. Elle couvre la mobilité, la restauration, les achats, la communication, l'énergie, les déchets.

Ce que j'aime, c'est qu'elle vous empêche de partir dans tous les sens. Vous cochez, vous voyez ce qui manque, vous hiérarchisez. Ce que j'aime moins : personne ne vous dit par quoi commencer. Les 15 engagements ont le même poids visuel, alors qu'en pratique, deux ou trois pèsent plus lourd que les douze autres réunis.

Mon conseil : prenez la charte, mais attribuez-vous un objectif par an. Pas quinze.

Gobelets, vestiaires, buvette : la logistique au sol

Revenons aux gobelets, parce que c'est là que tout le monde commence et que tout le monde se plante.

Le problème n'est pas le matériau. Le problème, c'est le taux de retour. Un gobelet réutilisable qui revient 8 fois sur 10 est une bonne décision. Un gobelet qui revient 5 fois sur 10 est une catastrophe déguisée en bonne action. La solution qui a marché chez nous : consigne d'un euro, rendue au bar uniquement, avec un bénévole dédié rien qu'à ça. On est montés à 87 % de retour sur la dernière édition. L'euro, personne ne l'oublie.

Et honnêtement, le bénévole dédié, c'est la clé. J'ai essayé sans. Les gobelets se sont empilés sur les tables et les gens sont repartis avec.

Les vestiaires et l'arbitrage

Trois choses simples, qui ne coûtent presque rien :

  • Des feuilles de match numériques sur une tablette partagée. Sur un tournoi de 60 matchs, ça évite des centaines de photocopies.
  • Des maillots de prêt pour les équipes qui n'ont pas de dossards, au lieu de distribuer des chasubles neuves à chaque édition.
  • Le vestiaire n°1 réservé au remplissage des gourdes. Un robinet, un panneau, c'est tout.

Le troisième point paraît anodin. Il ne l'est pas. Une équipe de hand qui joue quatre matchs dans la journée, c'est facilement six bouteilles d'eau par joueur si personne ne pense à remplir. Six. Par joueur. Multipliez.

La buvette, le poste où on se trompe le plus

Le réflexe écologique, c'est de passer au bio et au local. Bonne intention, mauvais ordre de priorité. Un sandwich bio emballé dans du plastique importé de 400 km est pire qu'un sandwich simple acheté chez le boulanger du coin. Ce qui compte, dans l'ordre :

  1. Supprimer l'emballage jetable (assiettes lavables, couverts en métal, rien à jeter).
  2. Acheter au plus près (le boulanger, le primeur, le producteur du marché).
  3. Seulement après, se poser la question du bio.

J'ai fait l'inverse pendant deux ans. J'ai acheté des barres bio importées, emballées individuellement, que les joueurs ouvraient et jetaient en trois secondes. Le pire des deux mondes.

Ce qui ne marche pas dans un éco-tournoi

Autant le dire tout de suite, parce que les fiches méthodes n'en parlent jamais.

Ce qui ne marche pas dans un éco-tournoi

La sensibilisation par l'affichage

Les panneaux "Merci de trier vos déchets" ne fonctionnent pas. J'ai installé quatre bacs colorés avec des pictogrammes très clairs, faits par une graphiste, budget 300 euros. Résultat après le week-end : tout était mélangé. Les gens ne trient pas parce qu'un panneau le demande. Les gens trient si le bac est à 30 cm de leur main au moment où ils jettent.

La leçon : la signalétique ne remplace jamais l'ergonomie. Un bac bien placé bat quatre panneaux bien faits.

Le tri sans une personne pour le tenir

Le tri à la source, c'est bien. Le tri tenu par quelqu'un, c'est mieux. Sur notre édition de l'an dernier, j'ai posté un bénévole 4 heures par jour au point de collecte central. Il orientait, il expliquait en deux mots, il vidait les bacs dès qu'ils débordaient. Taux de tri correct, pour la première fois. Coût : quatre heures de bénévolat. C'est dérisoire comparé à tout le reste.

Le compost quand personne ne veut le gérer

J'ai voulu faire du compost sur le tournoi. J'ai acheté deux bacs, j'ai fait un mot aux bénévoles. Personne n'a voulu s'en occuper le dimanche soir. Les bacs sont restés trois semaines derrière le local, et j'ai dû les vider à la déchetterie. Un échec complet, dont je ne suis pas fier.

Si vous voulez composter, trouvez d'abord la personne qui viendra chercher les bacs le lundi matin. Sinon, ne le faites pas.

Comparer les leviers pour savoir où mettre son argent

Tous les leviers ne se valent pas, ni en impact, ni en coût, ni en difficulté. Voici comment je les classe aujourd'hui, après plusieurs éditions à tester des choses.

Levier Impact réel Coût / effort Difficulté à tenir dans le temps
Bus commun entre clubs voisins Très fort Négociation, logistique Moyenne : dépend de la bonne volonté des clubs
Gobelets réutilisables avec consigne Moyen 600 à 900 € d'achat initial Faible, une fois le système rodé
Feuilles de match numériques Faible en carbone, fort en symbolique Quasi nul Très faible
Buvette sans emballage jetable Moyen Achat de vaisselle lavable Moyenne : il faut la laver
Compost Faible Faible Élevée : personne ne veut s'y coller
Affichage de sensibilisation Proche de zéro Faible à moyen Faible, mais inutile

Si vous ne devez retenir qu'une ligne : la première. Le bus. C'est là que se joue l'essentiel, et c'est aussi le levier dont personne ne parle parce qu'il ne se voit pas sur une photo de communication.

Le budget caché d'un tournoi écologique

Un éco-tournoi coûte plus cher qu'un tournoi classique. Il faut le dire. Les gobelets lavables s'achètent, la vaisselle s'achète, la consigne mobilise un bénévole, les cars se négocient mais ne sont pas gratuits. Sur notre première édition "verte", le budget buvette a augmenté de 40 %. Les gens ont râlé.

Sauf que sur la deuxième édition, on est redescendus. Pourquoi ? Parce que les gobelets étaient déjà là, la vaisselle aussi, et parce qu'on achetait moins de packs d'eau et moins de sandwichs sous blister. Le surcoût initial s'amortit en deux ou trois éditions, à condition de ne pas tout racheter chaque année.

Le piège, c'est de vouloir tout faire d'un coup, de se ruiner, et d'abandonner. J'ai vu un club faire ça. Ils ont tout acheté en une fois, tout perdu en une saison, et ils sont revenus aux gobelets jetables. Leur président m'a dit : "On a essayé l'écologie, ça coûte trop cher." Ce n'est pas l'écologie qui coûte cher. C'est la précipitation.

Et si vous commenciez par une seule chose ?

Un tournoi collectif, c'est un week-end dense où tout se joue à la minute. Personne n'a le temps de réfléchir à son empreinte carbone entre deux matchs. C'est justement pour ça que les décisions doivent être prises avant, pas pendant.

Alors voilà ce que je dirais à quelqu'un qui organise son premier tournoi et qui veut le faire proprement. Ne faites pas quinze choses. Faites-en une, tenez-la deux ans, puis ajoutez-en une deuxième. Chez nous, ça a commencé par le bus. Ensuite les gobelets. Ensuite la buvette. Trois éditions, trois décisions. On n'a rien révolutionné, on a juste arrêté de reculer.

La question que je me pose maintenant, et à laquelle je n'ai toujours pas de réponse : est-ce qu'un tournoi qui se déplace moins devient un tournoi plus fermé ? Moins d'équipes invitées, moins de rencontres, moins de hasard dans les tirages. On gagne sur le carbone, on perd peut-être sur ce qui fait le sel d'un week-end de sport collectif. Je n'ai pas tranché. Si vous avez testé, je veux bien savoir ce que ça a donné chez vous.

Sandrine Blanchard
AUTEUR

Sandrine Blanchard est journaliste. Depuis plus de quinze ans, elle couvre l’actualité générale et suit les enjeux liés aux changements climatiques et à l’écologie, au sein de la presse écrite. Elle a notamment enquêté sur les politiques de transition énergétique et les impacts environnementaux des activités humaines.

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