Un marathon, c'est 42,195 kilomètres. Mais avant même que le premier coureur ne franchisse la ligne de départ, il y a déjà des tonnes de CO2 dans l'air. J'ai fait le calcul pour un marathon de taille moyenne auquel j'ai participé comme bénévole l'an dernier : près de 1 200 tonnes équivalent CO2 pour 25 000 inscrits. Et le plus fou, c'est que la course elle-même ne représente qu'une petite part.
Quand on parle de compenser les émissions carbone d'un marathon, on pense d'abord aux voitures, aux navettes, aux vols. C'est vrai, mais c'est incomplet. La vérité, c'est que la majorité des émissions vient d'ailleurs : l'entraînement au quotidien, les repas d'avant-course, les gels énergétiques, les dossards en plastique, les t-shirts en polyester fabriqués à l'autre bout du monde. Bref, compenser un marathon, ce n'est pas juste planter trois arbres à l'arrivée.
Points clés à retenir
- Le transport (avion, voiture) pèse souvent entre 60 et 80 % du bilan carbone d'un marathon, mais l'entraînement et la logistique comptent aussi
- Un calculateur générique ne suffit pas : il faut une méthode adaptée à l'événement sportif
- Compenser ne signifie pas annuler : c'est financer un projet qui évite ou séquestre autant de CO2 ailleurs
- Les navettes et Mobility plans (comme ceux mis en place sur l'UTMB) réduisent les émissions à la source, avant même la compensation
- La compensation coûte en général entre 10 et 40 euros par tonne de CO2 selon le projet choisi
- Le greenwashing commence quand on compense sans avoir d'abord réduit
Pourquoi compenser un marathon ne se limite pas aux navettes
La première fois que j'ai calculé mon empreinte carbone de marathon, j'ai cru que le gros du problème, c'était le trajet. J'habite à Lyon, la course avait lieu à Nice. Train + navette locale, à peu près 45 kg de CO2. Pas énorme.
Puis j'ai creusé. Et là, surprise : sur les six mois d'entraînement, entre les sorties longues en voiture pour rejoindre les parcours, les paires de chaussures (une paire de running, c'est environ 14 kg de CO2 à produire), et les repas hyperprotéinés, j'étais déjà à plus de 300 kg. Six à sept fois plus que le voyage lui-même.
Le poids caché de l'entraînement
Une sortie longue de 30 km, ça ne consomme pas que des calories. Ça consomme :
- L'usure accélérée des chaussures (deux paires par saison pour un coureur régulier)
- La lessive après chaque séance (et le sèche-linge, pour beaucoup)
- L'alimentation spécifique : barres, gels, boissons isotoniques, souvent emballés individuellement
- Les déplacements vers les spots d'entraînement, qui pour un citadin peuvent facilement doubler le kilométrage personnel
Rien de tout cela n'apparaît dans les bilans carbone officiels d'un marathon. Pourtant, si vous voulez vraiment compenser votre course, vous devez inclure votre préparation. Sinon vous compensez la partie visible, celle qui rassure, et vous laissez 70 % de vos émissions de côté.
Les émissions logistiques que personne ne compte
Dossards imprimés, tapis de chronométrage, barrières, barnums, sono, éclairage nocturne sur les arrivées tardives, ravitaillements (bouteilles, gobelets, fruits), nettoyage du parcours, gestion des déchets. Sur un marathon de 20 000 coureurs, la logistique tourne souvent autour de 80 à 120 tonnes de CO2, selon la taille et la localisation.
Et il y a un poste dont on parle rarement : les goodies. Le t-shirt finisher, le sac, la médaille. Une médaille en métal, c'est environ 1,5 kg de CO2. Multipliez par 25 000. Voilà.
Comment calculer son empreinte carbone de marathon
J'ai testé trois calculateurs en ligne il y a deux ans. Deux donnaient des résultats à la louche, un me proposait automatiquement d'acheter des crédits carbone à 6 euros la tonne — franchement louche. Aucun ne prenait en compte l'entraînement.
Donc j'ai fait ma propre grille. Elle n'est pas parfaite, mais elle a le mérite d'exister et d'être utilisable telle quelle.
| Poste | Estimation (kg CO2e) | Comment le calculer |
|---|---|---|
| Déplacement aller-retour | 0 à 1 500 | Train : ~3 g CO2/km/passager. Avion court-courrier : ~250 g/km/passager. Voiture seule : ~120 g/km |
| Hébergement (2 nuits) | 15 à 40 | Hôtel standard : environ 10-20 kg/nuit selon le pays |
| Entraînement sur 6 mois | 200 à 500 | Chaussures, lessive, alimentation, trajets vers spots |
| Équipement de course | 30 à 80 | Tenue, montre éventuelle, accessoires |
| Logistique événement (quote-part) | 5 à 15 | Ramené au nombre de participants |
Pour un coureur français qui prend le train : 250 à 700 kg selon le niveau d'entraînement.
Pour un coureur qui prend l'avion depuis l'autre bout de l'Europe : 1,2 à 1,8 tonne.
L'écart est énorme. Et c'est cette donnée qui m'a fait changer d'avis sur un point : la compensation n'est pas le levier principal. La réduction l'est.
Compensation carbone particulier : comment ça marche vraiment
Le principe est simple : vous financez un projet qui évite, réduit ou séquestre une tonne de CO2 ailleurs, et vous « annulez » symboliquement votre tonne émise. En pratique, plusieurs modèles coexistent :
- Reforestation et plantations (le plus connu, pas toujours le plus efficace)
- Projets de cuisson propre dans les pays du Sud (souvent plus rentables en tonnes évitées)
- Méthanisation agricole, captation de méthane de décharge
- Protection de forêts existantes — modèle qui a mauvaise presse après plusieurs scandales de certification
Pour un particulier, ça se fait en général via des plateformes agréées qui revendent des crédits. Comptez 10 à 40 euros la tonne. Donc compenser votre marathon vous coûtera, selon votre profil, entre 3 et 70 euros. Autrement dit : le prix d'un dossard supplémentaire.
Attention à un piège. J'ai vu passer des offres à 2 euros la tonne. À ce tarif, soit le projet est déjà financé par ailleurs, soit il n'existe pas. Le carbone à 2 euros, c'est du greenwashing par abonnement.
Réduire avant de compenser : l'exemple du Mobility plan
Il y a une chose que j'ai comprise en suivant de près l'organisation de l'UTMB sur le site de Chamonix : la meilleure compensation, c'est celle qu'on n'a pas besoin de faire. L'organisation a mis en place un dispositif qui impose ou facilite le train, et qui organise des navettes pour les accompagnants entre les différentes zones du parcours.
Résultat : au lieu de compenser 1 500 vols, on en évite 800. La compensation devient un complément, pas une excuse.
Ce type de plan mobilité repose sur quelques briques simples, reproductibles :
- Un pass transport inclus dans le dossard qui donne accès aux navettes et aux trains régionaux
- Des navettes dédiées pour les accompagnants, avec des points de rendez-vous uniques pour éviter la multiplication des voitures
- Une communication en amont qui rend l'option train crédible (horaires, bagages, retour tardif)
Ce n'est pas parfait, et l'organisation le reconnaît volontiers. Mais dans mon expérience, c'est ce qui fonctionne le mieux : agir sur le transport en premier, compenser le reste.
Faut-il compenser son marathon, ou est-ce du greenwashing ?
Franchement, la question mérite d'être posée. Et je vais être cash : compenser un marathon sans rien changer à côté, c'est du greenwashing. Vous payez 15 euros, vous dormez tranquille, vous prenez l'avion l'année suivante pour courir à l'autre bout du monde. Ça ne marche pas.
En revanche, compenser quand on a déjà fait l'effort de réduire — train plutôt qu'avion, entraînement local plutôt qu'en voiture, équipement réutilisé — ça a du sens. Pas parce que ça annule magiquement, mais parce que ça finance des projets qui, sinon, n'auraient pas lieu. Le carbone évité quelque part reste du carbone évité.
Ce qui marche vraiment (dans mon expérience)
Sur les trois dernières années, j'ai testé plusieurs approches. Celles qui tiennent :
- Choisir sa course en fonction du train possible, pas l'inverse
- Regrouper ses déplacements d'entraînement, ou en covoiturant avec d'autres coureurs
- Acheter ses chaussures d'occasion quand c'est possible (oui, ça se fait, et non, ce n'est pas sale)
- Réutiliser son dossard de l'année précédente comme marque-page (bon, ça ne change rien, mais ça me fait rire)
- Compenser le reste via un projet vérifié, pas via une case à cocher à la va-vite
Celles qui ne tiennent pas : les t-shirts « éco-conçus » qui viennent toujours de l'autre côté du globe. Les médailles en bois local qui coûtent trois fois plus cher à produire. Et surtout, la compensation automatique proposée au moment de l'inscription, à laquelle 20 % des coureurs souscrivent et dont personne ne vérifie jamais où va l'argent. J'ai vérifié, une fois. Le projet était flou.
Quelques choses à garder en tête
Compenser les émissions carbone d'un marathon, ça commence par arrêter de croire que la compensation est la solution. C'est un pansement. Utile, mais un pansement.
Ce qui change vraiment l'ordre des choses : réduire, mutualiser, exiger des organisateurs qu'ils fassent leur part — pas juste qu'ils proposent une case à cocher. Et si vous voulez compenser malgré tout, faites-le sérieusement. Prenez le temps de vérifier le projet, de calculer votre empreinte réelle (entraînement inclus), et de payer le vrai prix. 3 euros, ce n'est pas un prix, c'est un signal.
La prochaine fois que vous regardez une ligne d'arrivée, demandez-vous combien elle a coûté à la planète. Pas pour culpabiliser. Pour choisir la suivante avec un peu plus de lucidité.