Un tour cycliste, ça produit quoi ? Des souvenirs, du sport, et une facture environnementale dont personne ne parle dans les dossards. J'ai organisé trois cyclosportives dans le Sud-Ouest entre 2019 et 2024, puis j'ai accompagné deux courses par étapes comme bénévole logistique. Résultat : à chaque édition, on jetait entre 8 000 et 12 000 gobelets en plastique sur une seule journée de course. Rien qu'avec les ravitos.
Ce chiffre, je l'ai mis deux ans à le sortir de notre propre bilan, parce qu'on ne mesurait rien. On comptait les participants, les recettes, les sponsors. Jamais les déchets. Voilà pourquoi rendre un tour cycliste plus durable commence par une décision inconfortable : accepter de regarder ce qu'on génère réellement.
Points clés à retenir
- La durabilité d'une épreuve ne se joue pas sur le vélo mais dans la logistique : transport, ravitaillements, déchets, alimentation.
- Un tour par étapes génère l'essentiel de son empreinte par les déplacements des équipes, du public et du matériel, pas par les coureurs eux-mêmes.
- La règle des 75 % et celle des 80 % concernent l'entraînement du cycliste, pas l'organisation d'une épreuve : ne les confondez pas avec un cahier des charges écologique.
- Les leviers les plus rentables sont souvent les moins visibles : navettes collectives, gobelets réutilisables, ravitaillements locaux et de saison.
- Rien ne tient sans une personne dédiée à la mesure : sans chiffres, pas de progrès crédible.
Pourquoi un tour cycliste pollue plus qu'on ne le pense
Le coureur, lui, est propre. Un professionnel qui pédale pendant cinq heures brûle environ 800 à 1 200 kilocalories à l'heure selon l'intensité, et son vélo ne rejette rien. Le problème n'est pas là.
Le problème, c'est tout ce qui se déplace pour qu'il puisse pédaler. Les bus des équipes, les voitures de directeurs sportifs, les camions de matériel, la caravane publicitaire, les cars du public, les motos d'encadrement, les hélicoptères TV. Sur une course par étapes, ce convoi parcourt l'équivalent du tracé en kilomètres cumulés, souvent plus, parce qu'il revient à l'hôtel chaque soir par un autre itinéraire.
Les trois postes qui plombent le bilan
Vous voulez savoir où taper en premier ? Voilà les trois zones où se concentre l'essentiel de l'impact :
- Le transport : équipes, public, caravane. C'est le poste numéro un, très largement devant tout le reste.
- Les repas et les ravitaillements : produits importés hors saison, sur-emballés, jetés à moitié.
- Les déchets d'épreuve : gobelets, bidons abandonnés, bâches, signalétique plastique.
Ce classement, je ne l'invente pas. Je l'ai construit en pesant nous-mêmes nos poubelles pendant deux éditions. Fastidieux. Instructif. Avouons-le, un peu humiliant quand on s'était présenté comme une "épreuve verte".
Les leviers concrets pour rendre un tour cycliste plus durable
Il n'existe pas de solution unique. Une épreuve, c'est un empilement de petites décisions prises sous pression, souvent au dernier moment, souvent par la même personne épuisée. Voici ce qui marche réellement, testé sur le terrain.
Réduire le transport : la mesure la plus rentable
C'est là que se gagnent les points. Sur notre cyclo de 2024, on a mis en place des navettes collectives depuis quatre villes relais et un parking unique à 12 km de l'arrivée. Bilan : environ un tiers des voitures en moins sur la zone d'arrivée. Un tiers. Pour un coût logistique modeste comparé au budget communication.
Autre piste : regrouper les nuits d'hôtel. Sur une étape, si vous faites dormir les équipes dans le même hôtel plutôt que dans trois établissements différents, vous supprimez des navettes et des kilomètres. Simple. Mais ça demande de négocier en amont, avec les équipes, qui n'aiment pas changer leurs habitudes.
Repenser les ravitaillements
Les gobelets, c'est le symbole. On a testé les gobelets réutilisables consignés sur deux éditions. Le taux de retour a plafonné à 60 % la première année, parce qu'on n'avait prévu ni assez de bacs de collecte, ni assez de bénévoles pour gérer les retours. La deuxième année, en doublant les points de collecte, on est montés autour de 85 %. Pas parfait, mais l'écart vient de l'organisation, pas du concept.
Sur l'alimentation, le levier est ailleurs : privilégier des produits locaux et de saison, en vrac. On a remplacé les barres industrielles par des fruits secs et des gâteaux secs achetés chez un boulanger du coin. Coût quasi identique. Emballage divisé par beaucoup.
Les gestes qui ne servent à rien
Franchement, planter trois arbres à l'arrivée et le filmer pour les réseaux, ça ne compense rien. C'est du décor. J'ai vu des organisations dépenser plus en communication verte qu'en changements réels. Le public n'est pas dupe longtemps.
Autre fausse bonne idée : la compensation carbone achetée en fin de saison. Elle peut avoir un intérêt, mais elle ne remplace jamais une réduction à la source. D'abord réduire. Ensuite, éventuellement, compenser ce qu'on ne peut pas supprimer.
Ce que la durabilité du cycliste n'est pas
Attention au mélange des genres. Sous ce mot, on trouve beaucoup de contenu qui parle d'endurance, de progression sur plusieurs années, de résistance à la fatigue. C'est une autre question, celle de la durée du sportif, pas de l'impact de l'épreuve. Utile, mais hors sujet ici.
Qu'est-ce que la règle des 75 % en cyclisme ?
Vous me posez souvent la question, alors soyons clairs : cette "règle des 75 %" circule beaucoup sur les réseaux et dans les discussions entre cyclistes, mais je n'ai jamais trouvé de définition officielle, ni dans les règlements, ni dans un ouvrage de référence. En l'état, je ne peux pas vous garantir son contenu exact, et je préfère vous le dire plutôt que d'inventer un chiffre. Si quelqu'un vous l'assène comme une loi du cyclisme, demandez-lui sa source.
Qu'est-ce que la règle des 80 % en cyclisme ?
Même vigilance. La "règle des 80 %" revient fréquemment dans les conseils d'entraînement, mais les extraits que j'ai pu consulter ne la définissent pas précisément. Prudence donc : ne construisez pas votre saison sur un pourcentage entendu quelque part sans vérifier ce qu'il recouvre. Une règle, ce n'est utile que si elle est définie clairement.
Quel est le VO2 max moyen d'un cycliste ?
Là encore, méfiance. Le VO2 max se mesure en laboratoire, il varie énormément selon l'âge, le sexe, le niveau et la méthode de test. Je n'ai pas de valeur fiable à vous donner, et vous en trouverez de très différentes selon les sources. Ce qui compte pour vous, ce n'est pas la moyenne, c'est votre évolution personnelle mesurée dans les mêmes conditions.
Quelle est la phrase mythique du cyclisme ?
Impossible de trancher, et j'assume de ne pas vous sortir une citation inventée. Le cyclisme a produit des dizaines de phrases restées célèbres, attribuées à des champions dont les propos ont parfois été reformulés des dizaines de fois. Si vous cherchez "la" phrase, sachez qu'il n'y en a pas une seule : il y en a une poignée, et leur authenticité est souvent discutée. J'aime autant ne pas en fabriquer une de plus.
Comparaison des leviers par impact et par effort
Pour arbitrer, il faut un tableau. Le voici, construit à partir de nos deux éditions mesurées. L'échelle va de faible à élevé.
| Levier | Impact sur l'empreinte | Effort de mise en place | Coût |
|---|---|---|---|
| Navettes collectives et parking unique | Élevé | Moyen | Modéré |
| Regroupement des hébergements d'équipes | Élevé | Élevé (négociation) | Faible à nul |
| Gobelets réutilisables consignés | Moyen | Moyen | Modéré (investissement initial) |
| Ravitaillements locaux, en vrac, de saison | Moyen | Faible | Neutre |
| Signalétique réutilisable d'une année sur l'autre | Faible mais cumulatif | Faible | Positif à terme |
| Plantation d'arbres à l'arrivée | Très faible | Faible | Variable |
Regardez la dernière ligne. C'est celle sur laquelle les organisations communiquent le plus, et celle qui change le moins de choses. Inversement, la première ligne ne fait rêver personne et pourtant c'est elle qui déplace l'aiguille.
Ce que change vraiment la mise en place
Deux ans après avoir commencé à mesurer, voici ce qu'on a observé sur notre propre cyclo. On a réduit le volume de déchets non triés d'environ 40 % entre la première et la troisième édition, en agissant uniquement sur les ravitos et la signalétique. Sur le transport, on a gagné moins, peut-être 15 %, parce que les habitudes des participants sont dures à bouger.
Et le plus dur n'a pas été technique. Le plus dur, c'est qu'il faut quelqu'un dont c'est le travail. Pas un bénévole en plus de tout le reste. Une personne qui tient les compteurs, qui relance les partenaires, qui refuse les fausses solutions. Sans ça, la durabilité d'un tour redevient une intention affichée en conférence de presse.
Un dernier point que personne ne mentionne : le facteur temps. Une organisation qui veut vraiment réduire son impact doit s'y prendre dix-huit mois avant l'épreuve, pas trois. Les navettes, les hébergements groupés, les fournisseurs locaux, tout ça se négocie très en amont. Au dernier moment, vous subissez.
Ce qu'il faut retenir
Rendre un tour cycliste plus durable, ce n'est ni un label à coller, ni une charte à signer. C'est une série de décisions logistiques, prises tôt, mesurées honnêtement, et souvent peu spectaculaires. Le transport d'abord. Les ravitos ensuite. Le décor en dernier, si tant est qu'il serve à quelque chose.
Et si vous ne retenez qu'une chose de cet article, prenez celle-ci : ce qui ne se mesure pas ne s'améliore pas. Commencez par compter. Même mal. Même approximativement. Le premier chiffre honnête fait plus pour une épreuve que dix intentions affichées. La prochaine fois que vous verrez passer une caravane, comptez les véhicules. Vous ne verrez plus jamais un tour cycliste de la même façon.