Laboratoires Biarritz, des cosmétiques respectueux de l’environnement

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Jean Marc Dubois : La création de notre entreprise, les Laboratoires de Biarritz, est arrivée à un moment où ma femme Muriel et moi-même souhaitions changer de vie professionnelle. A l’époque, nous travaillions à Paris, moi dans la finance, mais on avait un passé familial autour de l’océan et du surf. Notre passion pour le surf et l’océan et nos relations d’amitié ont fait qu’on m’a proposé de devenir administrateur de l’association Surfrider. Est née la conviction qu’on pouvait travailler en s’inspirant de l’océan, trouver dans l’océan des ressources naturelles qui sont intéressantes, les exploiter et quand je dis exploiter c’est au sens positif du terme c’est à dire sans les piller. On a donc décidé de s’installer au Pays Basque pour créer cette entreprise. Comme Surfrider on veille à ne pas opposer l’environnement et l’humain, c’est un angle fort de notre entreprise et dans les produits que nous voulons créer : avoir un véritable bénéfice santé, être au moins aussi efficace pour les utilisateurs qu’un produit fait à base de chimie et être respectueux de l’environnement, tant dans l’utilisation des ressources que dans le cycle de vie du produit et les déchets éventuels qu’ils peuvent générer. Pour nous l’humain fait partie de l’environnement. Quand on est surfeur c’est particulièrement vrai, ce n’est pas un sanctuaire, c’est un terrain de jeu dont on veut continuer à profiter tout en le préservant.

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Catherine Chabaud : Au travers de votre démarche on retrouve les trois piliers du développement durable : économiquement viable, environnementalement et socialement responsable. Sur ce dernier pilier cette démarche que vous avez ne concerne que le client ou c’est une démarche globale de l’entreprise ?

Jean Marc Dubois : C’est une démarche globale de l’entreprise, évidemment sur les produits que l’on sert à nos clients, mais aussi sur la manière dont on va travailler. Sur l’aspect environnemental, nous travaillons sur une gestion durable des espèces d’algues, parce que c’est notre principale matière première. On a la chance au Pays Basque d’avoir cette algue rouge dite de Saint Jean de Luz, elle a une vertu incroyable depuis des million d’années c’est qu’elle se détache naturellement une ou deux fois par an pour remonter à la surface et s’échouer sur les plages et où on peut la ramasser. Ainsi, nous sommes dans cette démarche de valorisation des produits de la mer mais sans avoir à se poser les questions de l’élevage, de l’aquaculture car on a la chance que l’algue se renouvelle de manière perpétuelle sans que nous ayons à aller la détacher sur les fonds marins. Nous avons un énorme avantage par rapport à cette ressource, c’est qu’on n’a pas besoin de la gérer, elle s’autogère, sauf s’il venait qu’à y avoir une pression sur la ressource.

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Catherine Chabaud : Justement y a-t-il un risque de pression sur la ressource et quelles sont les vertus de cette algue ?

Jean Marc Dubois : Pour la pression sur la ressource, on en est loin. On travaille en effet sur des petites quantités de cette algue puisqu’on est sur de l’extraction moléculaire. Mais on est vigilant. On a travaillé sur une éco-certification de cette algue, pour qu’elle soit protégée et respectée. Sur ses vertus, aujourd’hui, nous avons identifié deux actifs, le premier qui est un antioxydant, celui-ci étant 13 fois plus oxydant que l’acide ascorbique (comme le jus de citron) et on vient de déposer un brevet sur un actif qui est la régénération de la barrière cutanée. On pense n’être qu’au début de la découverte du potentiel de cette algue.

Catherine Chabaud : Où en est-on de la recherche sur le potentiel des algues ?

Jean Marc Dubois : Les bretons sont très en avance, ils travaillent sur la santé et l’agroalimentaire à partir des algues depuis très longtemps, c’est là que sont les principaux centres de recherche. L’algue avec laquelle nous travaillons, l’algue rouge, avait été identifiée mais relativement peu étudiée, tout simplement parce qu’elle se trouve un petit peu plus loin de la Bretagne, nous la trouvons plutôt ici dans la région. Cette algue a été ramassée depuis très longtemps et elle servait et sert majoritairement à faire de l’agar agar, gélifiant naturel utilisé dans l’agroalimentaire depuis la nuit des temps en Asie, mais qui est relativement peu valorisé.

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Catherine Chabaud : vous qui venez de la finance, j’imagine que ce monde était nouveau. Pour créer cette entreprise vous avez du identifier l’espèce et rencontrer des chercheurs, comment ça s’est déroulé ?

Jean Marc Dubois : Au début c’était vraiment une intuition, on surfe depuis des années, cette algue on la voit, on la croise, on marche dessus car elle se détache durant les grandes marées d’équinoxe et on la retrouve sur la plage. Donc on s’est dit qu’il fallait l’étudier pour en connaître les possibles utilisations. On a fait un pari de lancer un programme de recherche et développement sur cette espèce. On a recruté un docteur spécialisé en biologie végétale, qui était jeune doctorant quand nous l’avons recruté et qui nous a aidé. Maintenant, il est spécialisé sur les algues au sens large. Il travaille toujours ici mais également avec d’autres centres de recherche et même avec le CHU de Bordeaux avec des équipes de dermatologues qui sont intéressés par ce que nous pouvons faire avec cette algue.

Catherine Chabaud : J’imagine que vous avez eu une période de construction de cette entreprise et d’identification des produits que vous alliez développer ?

Jean Marc Dubois : Justement pour être cohérent, nous avons cherché quel produit cosmétique nous pouvions développer qui soit efficace pour l’humain et en même temps moins impactant pour l’environnement et en particulier pour les océans. Comme nous sommes surfeurs et que les surfeurs doivent se protéger du soleil, nous avons décidé de développer en premier les produits solaires. Il y a deux manières de se protéger du soleil avec un produit cosmétique : soit le filtre chimique, soit un écran minéral. Aujourd’hui, le filtre chimique c’est l’essentiel du marché du produit solaire, mais on est maintenant persuadé qu’ils sont toxiques car ce sont très certainement des perturbateurs endocriniens. Outre les méfaits que les produits solaires à filtres chimiques peuvent avoir sur la santé humaine, ils ont aussi des méfaits sur l’environnement et l’eau. Nous avons donc voulu développer un produit solaire à filtre minéral, efficace, avec un bienfait pour l’humain et respectueux de l’environnement.

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Catherine Chabaud : Les écrans minéraux n’ont aucun impact ?

Jean Marc Dubois : Sur l’environnement et les packagings nous sommes sur un chemin critique, soit on ne fait rien et nous attendons un jour qu’il y est une solution miracle, ou bien on a une démarche progressive et on se dit aujourd’hui avec nos niveaux de connaissance et nos moyens financiers on pense (concernant les crèmes solaires) que la meilleure manière de se protéger et à la fois d’être le moins nocif possible pour l’environnement c’est cette solution, cela tout en continuant à chercher, à travailler sur d’autres solutions. C’est vrai qu’on souhaite un jour pouvoir sortir un filtre végétal, peut-être à base de cette algue où là nous serons en cas y nocivité zéro. Pour être complétement transparent sur les écrans minéraux, aujourd’hui nous savons que c’est ce qu’il y a de moins polluant et pour l’environnement et pour l’humain, en revanche nous savons que potentiellement il peut y avoir un sujet de type nanoparticule sur les écrans minéraux. Ainsi, c’est vrai qu’à chaque porte que nous ouvrons, il y en a une autre derrière avec de nouvelles problématiques.

Catherine Chabaux : pourquoi les écrans minéraux ne sont pas la norme aujourd’hui ?

Jean Marc Dubois : L’écran minéral coûte beaucoup plus cher à produire et le savoir-faire est un peu plus complexe que l’utilisation de filtre chimique. Par exemple, il y a un problème de texture, même si nous avons fait beaucoup de progrès. La texture a longtemps été moins agréable, plus épaisse, plus blanche. Notre première gamme était assez blanche mais aujourd’hui nous nous sommes améliorés en travaillant, comme je vous ai dit sur le chemin critique, et nous nous sommes rapprochés d’une solution moins blanche et qui reste respectueuse de l’environnement, donc les arguments deviennent assez convainquant.

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Catherine Chabaud : Si on veut une généralisation, comment passe t’on d’une solution qui fait environ 5% du marché de la protection solaire, à 95% du marché ? Est-ce que ça doit passer par une réglementation ?

Jean Marc Dubois : Aujourd’hui oui ça peut être ça, comme nous l’avons vu sur les parabènes, le bisphénol. Typiquement sur le sujet des perturbateurs endocriniens, notamment les filtres chimiques, c’est un thème qui commence à sortir, et qui sort de deux manières : sur le produit, on se dit que mettre des perturbateurs endocriniens à des enfants c’est pas très bien, mais aussi quand on fait des analyses des eaux de baignade, de rivière où on se dit que ce n’est pas génial de pratiquer un sport ou de nager au milieu de cela, même s’il n’y pas que les produits solaires qui sont responsables. Aujourd’hui, nous sommes dans une logique d’information, de sensibilisation. Nous constatons que le temps tend à se raccourcir entre le moment où un sujet est analysé, présenté par des experts, dermatologues ou autres et le moment où ça devient un drapeau rouge. C’est vrai par exemple du parabène, mais ce n’est pas pour autant que l’utilisation est interdite.

Catherine Chabaud : J’aimerais qu’on aborde la logique, la cohérence de l’entreprise, vous évoquiez le packaging et la démarche globale de l’entreprise, pouvez-vous nous parler du cycle de vie du produit ?

Jean-Marc Dubois : Pour notre démarche environnementale sur le packaging, nous travaillons beaucoup sur la restitution. Si on a un tube de produit cosmétique comme le dentifrice on constate qu’à la fin il reste toujours du produit, donc c’est du gaspillage. Aussi, tous nos packagings sont en airless, c’est-à-dire vous avez le pack et à l’intérieur vous avez une forme de poche qui empêche tout contact du produit avec l’air et grâce à cette solution on améliore la restitution. De plus, nous sommes éco-certifié donc on doit se passer de beaucoup de conservateurs. Grâce aux tubes airless, c’est une contrainte qui nous crée un avantage. On fait des économies de conservateur chimique, puisqu’il n’y pas de contact avec l’air. On a donc au bilan moins de conservateur et moins de gaspillage. Cette poche est également en plastique recyclé et recyclable.

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Catherine Chabaud : Quel est votre bilan carbone aujourd’hui ?

Jean-Marc Dubois : On a mis en place avec un consultant et une agence de communication un travail qui dépasse assez largement le bilan carbone car nous sommes plutôt sur une démarche globale de RSE. Ainsi, nous prenons en compte de nombreux éléments : la manière dont on travaille dans l’entreprise, le management, l’utilisation des produits et des ingrédients, nos engagements vis-à-vis des acteurs avec qui nous travaillons, comme nos fournisseurs qui partagent les mêmes valeurs. Les ingrédients c’est ce qu’il y a de plus facile, parce que nous sommes beaucoup contrôlés par Ecocert. Tout ce qui est cartonnage nous travaillons avec une entreprise locale donc en circuit court. Pour le packaging plastique nous essayons de travailler plutôt avec des entreprises françaises et notre façonnier est à coté de Pau. C’est un choix régional et environnemental.

Catherine Chabaud : Est-ce que cette démarche de contrôler toute votre chaîne de production pour limiter vos impacts est facile ? Quels sont vos freins aujourd’hui ?

Jean Marc Dubois : C’est facile au moins de se poser la question. Nous avons fait un choix de circuit court, régional car nous pensons que c’est intéressant de faire travailler une usine qui est proche de chez nous, dans une logique de création et de maintien de l’emploi dans notre région. Ça peut être vu comme une contrainte, mais dans la réalité, avoir un façonnier à 45 minutes, c’est extrêmement pratique. On se crée un cadre, on se crée des contraintes. C’est sous la contrainte qu’on devient le plus créatif et c’est là qu’il y a des solutions qui sortent. En formulation par exemple, les personnes qui travaillent au laboratoire ne viennent pas du bio, donc quand nous les avons recrutés, on leur a dit que nous ne voulions pas qu’ils aient une logique de substitution, mais une logique d’efficacité en cherchant à créer des produits qui soient plus efficace en plus d’être respectueux de l’environnement. Nous sommes intimement persuadés que nous pouvons y arriver en étant créatifs.

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Catherine Chabaud : Financièrement est ce qu’avoir cette démarche environnementale est intéressant pour vous ?

Jean Marc Dubois : Nous n’avons lancé nos produits que depuis 2013, donc nous sommes seulement dans la deuxième, troisième année de commercialisation. On commence à exporter au Japon, en Espagne en Italie, sur les territoires d’outre-mer. En 2014, nous avons fait 600 000 euros de chiffre d’affaire. Pour vous donner une idée de notre croissance, c’est quasiment le chiffre d’affaire qu’on a fait au 1er trimestre 2015. Le taux de croissance est donc très important.

Catherine Chabaud : Votre clientèle est-elle sensible à vos démarches environnementales ?

Jean Marc Dubois : Oui, la clientèle est sensible mais c’est une clientèle déjà convaincue. On se rend compte que les personnes qui entrent dans une pharmacie ou une parapharmacie sont beaucoup mieux informées sur nos produits que le pharmacien lui-même. Il y a une démarche volontaire. En revanche le vrai défi est d’arriver à capter les personnes qui n’ont pas forcément la fibre environnementale, c’est pour ça qu’on cherche à faire des produits toujours plus efficaces, pour ne pas intéresser seulement les personnes par le « bio » mais par l’efficacité de nos produits.

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